Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI quitte Paris avec sa famille. Le projet est risqué, préparé dans le secret et politiquement considérable. Le roi espère rejoindre l’est du royaume, vers Montmédy. Il n’y arrivera pas. Reconnu, arrêté à Varennes, il est ramené vers Paris et, quelques jours plus tard, suspendu de ses fonctions par l’Assemblée. Pourtant, quelques semaines après, d’aucuns défendent encore son maintien et son inviolabilité et, en septembre, la première Constitution écrite française établira bien une monarchie constitutionnelle avec Louis XVI à sa tête.
Voilà ce qui rend à mes yeux Varennes particulièrement intéressant.
En effet, si nous regardons uniquement les institutions, le tableau qui suit la fuite est quasiment paradoxal. Louis XVI est revenu, l’Assemblée existe toujours, l’administration continue de fonctionner, le territoire français n’a pas changé et le processus constitutionnel n’est pas interrompu. En outre, la monarchie n’est même pas juridiquement condamnée puisqu’elle sera réaffirmée quelques mois plus tard. Autrement dit, si le roi a échoué dans sa fuite, il n’a pas encore perdu sa couronne.
Pourtant, nous le pressentons uniquement, quelque chose d’essentiel vient déjà de disparaître.
Pour tout vous dire, Varennes est l’un des meilleurs cas que j’ai rencontrés pour expliquer ce que j’appelle Upsilon(s). Il ne s’agit pas de dire qu’Upsilon permettrait de réécrire l’Histoire, ni que cet outil aurait permis de prédire la République, la chute de la monarchie ou l’exécution de Louis XVI mais il est intéressant de comprendre, qu’à l’aune de ces évènements Upsilon(s) pose une question différente.
Après ce qui vient de se produire, quels futurs restent encore réellement praticables ?
Cette question change presque tout car, si le roi est revenu, la situation, elle, ne l’est pas.
Partons d’un principe assez simple. Imaginons un instant que nous soyons le 25 juin 1791 et que Louis XVI puisse disposer d’un diagnostic sur sa situation. On pourrait dès lors commencer de la manière la plus rassurante qui soit, en tant que conseiller spécial, en lui disant: « Vous êtes toujours roi, l’Assemblée est toujours là, la Constitution est toujours en préparation et la monarchie constitutionnelle n’a pas disparu.» En ce sens, une lecture superficielle pourrait donc conclure que l’échec est évident, mais relatif, car si la fuite n’a pas fonctionné, le roi, lui, est revenu et il ne reste désormais qu’à gérer les conséquences.
C’est à cet instant précis que nous avons un problème car « revenir » en soi, ne signifie nullement restaurer.
Notre travail de formalisation mathématique sur Varennes partait de cette distinction très simple. Si l’on décrit l’état politique avec trop peu de variables, l’avant et l’après peuvent sembler étonnamment proches. Comme je l’ai précédemment indiqué, tout semblait présent à l’identique que ce fussent le roi, l’Assemblée, l’armée, l’administration voire même le processus constitutionnel. Pourtant, si l’on réintroduit l’ensemble de l’information disponible, les relations entre acteurs, les représentations qu’ils ont les uns des autres, leur capacité de coopération et les politiques qu’ils jugent encore crédibles, on se rend compte très fortement que les deux états cessent d’être équivalents.
Louis XVI est physiquement revenu à Paris sans qu’il ne puisse faire disparaître le fait qu’il ait essayé d’en partir. Cette information existe désormais dans le système et compte tenu de son importance, une information de cette nature contribue à transformer le monde et non plus seulement à le décrire.
Avant Varennes, plusieurs interprétations de la conduite future du roi restaient possibles. On pouvait ainsi naturellement se dire qu’il acceptait réellement le compromis constitutionnel tout comme nous aurions pu également soupçonner qu’il le subissait tout en s’y adaptant ou, encore, que le roi espérait toujours renverser le compromis constitutionnel. Qu’en savons-nous ?
Absolument rien. Rien, en regard de la fuite, ne permettait de lire l’esprit de Louis XVI avec certitude et l’histoire précise en outre que ses intentions restaient plus complexes que le simple projet de rejoindre une armée étrangère. Cependant, là où la fuite en soi demeurait intéressante, c’est qu’elle permit de fournir aux autres acteurs une information nouvelle sur sa relation au processus révolutionnaire et cette information changeait quasiment du tout au tout ce qu’ils pouvaient raisonnablement attendre de lui.
Voilà le premier déplacement. Varennes ne constituait pas en soi une simple erreur logistique ou stratégique. Il s’agissait d’une action qui contenait assez d’informations sur son auteur pour être susceptible par la suite, de transformer durablement les conditions mêmes dans lesquelles cet auteur pouvait encore agir.
En tant que telle, dans une chaîne causale facilement compréhensible, la décision royale de fuir modifiait les représentations qui elles-mêmes modifiaient les relations, qui elles-mêmes modifiaient les coalitions, les exigences de garanties, la surveillance et les stratégies possibles… En termes d’analyse, ces transformations changeaient finalement et complètement le champ des trajectoires politiques car si le roi revenait avec le même titre, il ne revenait plus avec la même capacité à l’utiliser.
Lorsqu’être roi ne signifie plus pouvoir encore gouverner de la même manière
C’est la première conclusion importante du diagnostic Upsilon appliqué à ce cas. Après Varennes, la monarchie constitutionnelle restait juridiquement possible sans pour autant qu’elle puisse demeurer gouvernable.
Une fois formulée, cette distinction paraît presque banale alors qu’elle reste très souvent absente des décisions réelles des organisations d’aujourd’hui. En effet, à titre pédagogique, nous pourrions partir du principe que, dans l’absolu et dans des conditions similaires à Varennes, un dirigeant actuel pourrait posséder encore son poste à la suite d’une faute majeure tout comme Louis XVI possédait encore son royaume. Dans cet ordre d’idées, une organisation possèderait encore un marché, une équipe conserverait officiellement un mandat, un projet disposerait toujours de son budget ou une stratégie resterait techniquement réalisable. Pour l’ensemble de ces acteurs, comme nous l’avons vu avec Louis XVI, nous pourrions en déduire que leurs trajectoires initiales resteraient toujours disponibles.
Pourtant, malgré le constat visible que nous venons de faire, il pourrait déjà manquer à ces acteurs, les conditions qui leur permettraient de préserver leur statut initial de la même manière.
Ainsi, malgré le fait que ce qui ressortit le plus des événements fut l’impopularité du roi, le véritable indicateur du changement dans la situation de Louis XVI, tenait dans un lien très simple qui se brisa soudainement : La monarchie constitutionnelle supposait une coopération suffisamment crédible entre la Couronne et la nouvelle architecture politique pour que l’on puisse l’imaginer se pérenniser dans le temps. Or, c’est ce lien de confiance qui se désagrégea à l’occasion de ces événements. Il constituait pourtant la pierre angulaire d’une infrastructure implicite de coordination qui ne reposait nullement sur un aspect romantique, sentimental ou magnifié mais sur quelque chose d’extrêmement plus tangible sans l’être, comme une préfiguration de ce que l’on appellerait aujourd’hui un « contrat psychologique ». Dans le cadre de contrat, adopter une position commune pour deux acteurs, suppose pour chacun d’entre eux d’être capable de pouvoir traiter et traduire certains des agissements présents et futurs de l’une ou l’autre partie comme suffisamment fiables pour engager sa propre action.
Après la fuite, c’est cette condition qui se détériore signifiant de la sorte que certaines politiques auparavant accessibles et envisageables pour le roi nécessitaient désormais davantage de contrôle, de garanties, de surveillance, de concessions ou de coercition.
Il y a là une différence fondamentale entre avoir encore le droit de faire quelque chose et posséder encore les conditions permettant de le faire. Fondamentalement, Louis XVI pouvait donc rester constitutionnellement associé à l’exercice de la souveraineté tout en ne disposant plus que d’une efficacité politique moindre ou, pour mieux le dire, tout en ne disposant plus des mêmes capacités politiques.
In fine, la trajectoire monarchique existe toujours mais elle n’existe désormais que dans des conditions profondément différentes qu’un diagnostic Upsilon aurait pu énoncer de cette façon : « Majesté, vous n’avez pas encore perdu la monarchie constitutionnelle. Vous avez perdu une partie des conditions qui vous auraient permis de la gouverner comme avant »
Cette différence est immense car loin de simplement retirer des options au roi, Varennes reconfigure son futur comme celui de la France.
La limite des options
Le plus souvent, lorsque nous faisons des analyses diagnostics, nous avons trop souvent tendance à raisonner en termes d’options. Dans le cas qui est le nôtre, parler de cette manière serait encore trop pauvre car après Varennes le champ politique ne se contente plus seulement de se restreindre ou de s’amenuiser, il se reconfigure.
Certaines trajectoires monarchiques deviennent moins crédibles, moins robustes ou plus coûteuses à gouverner tandis que, parallèlement, des trajectoires qui semblaient auparavant plus périphériques deviennent davantage représentables et mobilisables. Toutefois, ne nous avançons pas trop. Rien dans notre formalisation ne nous permet d’affirmer que la question républicaine va naître à partir de Varennes car Upsilon(s) n’a aucune prétention à la divination. Cependant, la fuite du roi contribue à déplacer profondément la manière dont la présence même de ce dernier peut désormais être discutée, envisagée, imaginée.
Ainsi, si une partie du champ s’est contractée, une autre s’est ouverte car le champ ne s’est jamais réduit uniformément. Cela me semble beaucoup plus intéressant qu’un inventaire d’options à retirer.
Afin d’être encore plus clair, supposons qu’avant sa fuite, Louis XVI dispose de dix scénarios et que, par la suite, il n’en possède plus que six. Qu’est-ce que cette façon de voir les choses nous apprend ? Presque rien finalement. Les questions qu’ouvrent Upsilon sont autrement plus significatives. Quelles trajectoires viennent de disparaître ? Quelles trajectoires, certes fragiles, existent encore ? Quelles trajectoires sont juridiquement ouvertes tout en demeurant politiquement impraticables ? Quelles trajectoires nécessitent désormais la coopération d’acteurs qui n’ont plus les mêmes raisons de coopérer ? Quelles trajectoires dépendaient d’une confiance qui ne peut plus être présupposée ? Quelles nouvelles trajectoires le geste du roi venait-il simultanément de rendre plus crédibles pour ses adversaires ?
C’est précisément cette géographie qui m’importe car Upsilon, loin de demander si un futur existe, oblige à distinguer plusieurs questions qui sont trop souvent confondues. Entre un futur imaginable sans être réellement accessible, un autre accessible sans être gouvernable, un autre, gouvernable dans des conditions idéales, mais extrêmement sensible à une perturbation voire, un dernier réellement possible, sans qu’aucun acteur particulier ne possède une politique lui permettant de le garantir.
Ce dernier scénario est particulièrement important pour Louis XVI. Pour quelle raison ?
En vérité, qu’une France représentative de la monarchie constitutionnelle demeure possible après Varennes ne signifie pas automatiquement que Louis XVI dispose en soi d’une stratégie capable d’en assurer l’existence, la continuité ou la pérennité. Ce point est extrêmement intéressant car la formalisation d’Upsilon(s) nous a permis de mettre en lumière cette variable qui s’est présentée à nous. S’il existe un futur du système, il existe ce qu’un acteur particulier peut encore produire dans ce système. Ce ne sont pas les mêmes questions et c’est précisément l’une des différences entre une réflexion stratégique ordinaire et la structure qu’Upsilon formalise.
Que pouvait encore faire Louis XVI ?
Soyons prudents ici comme nous l’avons été par ailleurs. La formalisation ne permet pas de prétendre que nous aurions pu envoyer à Louis XVI, le 25 juin 1791, une feuille lui indiquant : « Prononcez ce discours demain, renoncez à telle prérogative mardi et la monarchie sera sauvée ». Le dire serait transformer un cadre de diagnostic en machine à fabriquer du contrefactuel historique et comme je l’ai déjà indiqué, Upsilon(s) n’a aucune vocation à l’art divinatoire. Nous n’avons aucunement paramétré l’ensemble des politiques réellement accessibles au roi, les réponses possibles de l’Assemblée, des clubs, de l’opinion, des puissances étrangères et de tous les autres acteurs au niveau de précision nécessaire pour produire une prescription de ce type.
Cependant, cela ne signifie pas que le diagnostic ne pourrait rien dire. Au contraire, il pourrait déjà montrer au roi que la stratégie qui pouvait être rationnelle avant Varennes ne peut plus être simplement reconduite après Varennes en raison du fait que le système auquel elle s’appliquait n’est plus le même.
Certaines trajectoires de transformation de la monarchie restent encore ouvertes après la fuite et il serait donc faux d’écrire que la monarchie constitutionnelle serait devenue immédiatement impossible. La Constitution de septembre suffit à montrer qu’elle restait dans le champ. Toutefois, c’est sa crédibilité, sa gouvernabilité et sa robustesse qui furent profondément détériorées.
Si l’on s’imaginait un diagnostic d’époque, celui-ci aurait pu commencer ainsi: « Sir, vous pouvez encore rester roi dans une monarchie constitutionnelle mais la question est désormais de savoir sous et à quelles conditions cette trajectoire dont je viens de vous parler peut-elle encore tenir ? Quels acteurs doivent coopérer ? Que doivent-ils croire suffisamment crédible ? Quelles garanties supplémentaires votre fuite vient-elle de rendre nécessaires ? Quelles décisions permettraient encore de rétablir assez de fiabilité pour que certaines trajectoires monarchiques demeurent gouvernables ? Quelles actions, au contraire, consommeraient encore davantage le peu de champ restant ? Surtout, où se situent désormais les points après lesquels certaines de ces trajectoires ne pourront plus être récupérées ?
Comme vous pouvez le constater, il ne s’agit plus du tout de la même conversation et le conseil se distingue du simple conseil en stratégie qui aurait pu être ouvert. Ici, le cœur de la réponse qu’apporte Upsilon(s) dépasse le nombre d’options identifiables de par l’ampleur des embranchements stratégiques que cet outil permet de mettre en évidence.
La veille de Varennes est peut-être encore plus intéressante que son lendemain
Dans ce dédale de réflexions que nous avons ouvert avec ce cas historique, il existe pourtant le diagnostic qui, selon moi, est le plus encore plus fascinant. C’est celui du 20 juin qui précède évidemment la fuite et dans lequel je ne peux m’empêcher de regarder ce que Louis XVI aurait pu envisager sous le prisme d’Upsilon(s) tant à travers ce que la fuite pouvait lui permettre d’obtenir qu’à travers ce que cette dernière pouvait rendre impossible par la suite. C’est ici que nous avons quelque chose de plus important.
Sur un plan logique et immédiat, un raisonnement traditionnel aurait pu s’établir sur deux variables très précises. Dans un premier temps, une fuite réussi pouvait permettre au roi de se placer dans une position jugée plus favorable tandis que, dans un second temps, un échec de cette dernière signifierait pour lui être arrêté et ramené à Paris.
Même si je simplifie à dessein, c’est le bilan appauvri et immédiat dont Upsilon n’aurait pas pu se contenter car notre outil aurait obligé à regarder autre chose.
Si tant est que la fuite parvenait à réussir, Upsilon aurait observé les nouvelles trajectoires qui auraient pu s’ouvrir réellement; si la fuite échouait, Upsilon aurait observé si le coût de l’échec aurait été seulement opérationnel ou si l’échec aurait produit en lui-même une information qui aurait dégradé durablement certaines trajectoires futures y compris celles que le roi aurait pu encore pouvoir utiliser après son retour.
Voilà le point central. Une décision peut avoir un coût que son bilan immédiat ne montre absolument pas. Dans le cas de Varennes, l’échec ne pouvait être simplifié autour seulement du fait que le roi ait été arrêté, il devait prendre forcément en compte le fait que le roi venait de modifier le champ dans lequel il allait devoir continuer à agir une fois de retour.
C’est exactement ce type de coût qu’une analyse classique du risque peut sous-estimer si elle compare uniquement les résultats visibles des scénarios. Une décision peut échouer sans détruire immédiatement l’organisation, le poste, les actifs ou les institutions et pourtant, dans le miroir invisible du sens et de la cohérence, avoir consommé quelque chose de beaucoup plus difficile à reconstituer en l’occurrence la possibilité d’emprunter encore certaines trajectoires.
Je le répète Varennes ne détermine pas mécaniquement ce qui arrivera en 1792. Rien dans notre méthodologie ne nous permet de le dire. Varennes modifie seulement et c’est déjà beaucoup la carte qui y conduit. Voilà pourquoi Upsilon ne prétend pas prédire l’Histoire. Il essaie de voir ce que la décision fait au futur avant que ce futur n’arrive. Pourtant, si vous êtes perspicace dans une sorte de contradiction que je soumets à dessein et sur laquelle j’aiguille votre réflexion, l’histoire eût-elle été la même si Louis XVI avait bénéficié d’un diagnostic Upsilon avant sa fuite à Varennes ?
Ce que Varennes dit aux organisations d’aujourd’hui
Il serait facile de laisser Louis XVI en 1791 et d’admirer uniquement le cas à travers l’histoire. C’est exactement ce que je ne ferais pas car cela serait manquer l’essentiel. Nos organisations d’aujourd’hui vivent continuellement des « Varennes » aussi importants bien que moins spectaculaires que notre cas initial.
Que cela soit dans le cadre d’un processus d’acquisition qui échoue, d’une restructuration ou de l’annonce d’un projet, à partir du moment où deux parties s’engagent sur une trajectoire commune et que l’une d’elles brise le lien de confiance alors un champ de trajectoires similaires au cas historique pourrait s’ouvrir.
L’illusion première resterait la même en surface alors que tout serait déjà joué en coulisses. En ce sens, une organisation pourrait de façon illusoire conserver ses actifs, ses dirigeants, ses contrats, ses effectifs et sa stratégie officielle tout en ayant déjà perdu de façon implicite une partie de ce qu’elle serait encore capable de devenir à la suite d’un bris de confiance qu’une situation similaire à Varennes aurait fait naitre.
Alors, à quoi bon comptabiliser nos options lorsque s’ouvre un champ de trajectoires et une méthodologie autrement plus rigoureuse qui pointe rationnellement et mathématiquement les futurs qui existent encore pour une organisation ou un individu ? Ces trajectoires que l’organisation pourrait réellement produire, espérer, rendre gouvernables ou celles qui peuvent demeurer robustes si quelque chose se passe mal. Ces horizons que nous pourrions garantir avec les ressources, les informations, les permissions et les relations dont nous disposons réellement tout comme les espaces que nous sommes en train de perdre sans que nos indicateurs actuels ne le montrent encore.
C’est là que se trouve, pour moi, l’intérêt d’Upsilon(s). Dans la discrimination que la formalisation fait ressortir, plus que dans le flou que cristallisent les opinions subjectives qui se cumulent et se chevauchent à l’aune de notre modernité. Tout le monde a une opinion mais très peu d’opinions résistent à la formalisation et produisent d’elles-mêmes des conclusions génératives.
Dire à Louis XVI que sa fuite a diminué la confiance n’aurait rien d’exceptionnel. Lui montrer par le truchement de la formalisation que la monarchie constitutionnelle reste possible sans être gouvernable dans les mêmes conditions; que certaines politiques exigent désormais davantage de garanties; que son autorité formelle ne correspond plus à la même capacité réelle; que certaines trajectoires restent ouvertes mais sont devenues fragiles; qu’une partie du champ monarchique se contracte tandis que d’autres devenirs deviennent politiquement plus accessibles, voilà un diagnostic d’une autre nature.
C’est à cet égard, comme je le disais, que la mathématisation devient importante. Elle discrimine. En d’autres mots, si le vocabulaire des chiffres n’a en lui-même aucune valeur, il oblige cependant à distinguer ce qui existe de ce qui est accessible, ce qui est accessible de ce qui est gouvernable et ce qui est gouvernable de ce qui peut être considéré comme étant robuste.
Louis XVI n’avait pas besoin de connaître l’avenir mais…
La monarchie ne tombe pas à Varennes. Elle est maintenue dans la Constitution de septembre 1791 et ne sera renversée qu’en août 1792. Il serait donc historiquement incorrect de raconter Varennes comme étant la cause mécanique de l’émergence de la République. C’est précisément pour cette raison que le cas me paraît déterminant car Upsilon(s) ne s’invite pas à annoncer au roi, après sa fuite, qu’il sera exécuté dans l’espace des vingt prochains mois mais, avant sa fuite, cet outil aurait pu lui permettre de ne possiblement pas emprunter la même trajectoire. Autrement dit, si telle une prophétie, Upsilon se veut loin de vouloir prédire l’histoire, cet outil en fait assez pour qu’un acteur puisse inscrire son propre cheminement dans l’exercice de son quotidien entre statuts à maintenir, obligations professionnelles et nécessités existentielles. Même si la nuance peut paraitre fine, vous comprendrez la subtilité qui est à mes yeux la manière la plus simple d’expliquer ce qu’Upsilon(s) cherche à faire dans la compréhension de ce qu’une décision laisse encore possible et dans ce qu’elle permettra de faire justement « avant que le réel ne tranche. »
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